Les dangers de la punition

punition, éducation, autorité, l'objet de mon désespoir, Marie MaySans m’étendre sur le sujet, je citerais simplement l’expérience de Milgram. Vous la connaissez surement, elle visait à mesurer le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime, notamment lorsqu’elle induit des actions qui posent un cas de conscience au sujet.

Pour faire court, on a demandé aux sujets d’électrocuter des tiers – qui étaient en fait des acteurs- pour, soi-disant, vérifier leurs capacités d’apprentissage.

Les résultats de l’expérience furent effrayants. 62.5 % des participants menèrent à terme l’expérience en infligeant trois fois les électrochocs de 450 volts, malgré les cris de douleur des acteurs. Beaucoup ont protesté ou ont montré des signes évidents de mal être, mais devant les injonctions des personnes chargées d’encadrer l’étude, ils ont quand même continué.

Notons que cette expérience a eu lieu entre 1960 et 1963, et dans la mesure où les participants avaient entre 20 et cinquante ans, leur jeunesse s’était déroulée à l’époque où les sanctions et les punitions étaient clairement de la maltraitance.

Savoir ou prendre conscience…

Mon père dit fréquemment qu’il y a une différence de taille entre le fait de savoir et d’avoir conscience de quelque chose. L’exemple qu’il utilisait le plus souvent était celui de la cigarette, il disait que tout le monde savait que c’était un poison, mais que si les fumeurs en avaient réellement conscience, ils ne fumeraient jamais plus.

J’imagine que ce qu’il entend par là, c’est que le savoir est quelque chose que l’on a intégré, quelque chose de théorique, que l’on a consciencieusement  rangé dans un coin de notre cerveau, de façon à pouvoir le ressortir lors d’une évaluation, pour notre bonheur plus tard, comme une poésie que l’on apprend en CM2. Prendre conscience de quelque chose va bien plus loin, cela signifie en faire l’expérience –réelle ou imaginaire-, le vivre – même si cela n’est qu’en pensée-, adhérer totalement à cette chose.

Un peu comme lorsque l’on partage un bout de chemin avec quelqu’un qui, nous le savons bien a toutes les compétences requises pour être l’élu de notre cœur, mais qui ne nous fait pas chavirer, cela reste au niveau de l’intellect, il n’y a pas d’émotion, ce ne sont que des faits.

Le principe de la carotte et du bâton fait la part belle à l’apprentissage intellectuel ainsi qu’à l’évaluation de la punition…

Je sais bien que je dois respecter les limitations de vitesse, parce que  c’est dangereux, mais si on ne me voit pas, je peux gruger, parce que je n’ai pas pris conscience de l’importance du danger…

Je sais bien que je ne dois pas ramener ce rouleau de scotch à la maison parce qu’il appartient à l’entreprise pour laquelle je travaille, mais en soi, ce n’est pas bien important, parce que ce que j’évalue à ce moment-là, ce n’est pas le fait de me transformer en voleuse pour un simple bout de scotch, j’évalue la punition que je risque d’avoir – quasi nulle, qui oserait réprimander quelqu’un pour un rouleau de scotch ? -. Je n’ai pas conscience de ce qui se joue à ce moment-là.

D’une manière générale, tous les apprentissages acquis pour de mauvaises raisons ou sous la pression d’une éventuelle punition restent à jamais gravés dans notre cerveau comme une donnée dont il va falloir évaluer le risque… de punition. Ils n’emportent pas l’adhésion, ils ne deviennent pas des valeurs, des bases ou des socles sur lesquels se construire…

L’apprentissage par mimétisme

Aussi étrange que cela puisse paraitre, ce qui va s’inscrire comme des réflexes chargés en émotions chez nos enfants vont être les comportements qu’ils voient autour d’eux. C’est cela qui va constituer leurs bases, leurs valeurs. Pas parce qu’ils l’ont choisis ou décidés, pas même parce qu’ils ont pensé que c’était une bonne idée, simplement parce que nous sommes des mammifères et que l’essentiel de l’apprentissage passe par la reproduction de ce que nous voyions, par mimétisme. Cela a des avantages certains, comme l’apprentissage de la parole, des règles de sociétés, des comportements opportuns et de ceux qui ne le sont pas. Contrairement à ce que nous avons l’air de penser, le meilleur moyen d’apprendre quelque chose à un enfant est de lui montrer comment faire. Ce processus s’opère à chaque seconde et pas seulement lorsque nous mettons nos costumes d’éducateurs. Si d’aventure, vous avez tendance à vous énerver lorsque quelque chose ne vous convient pas, l’enfant apprendra, en vous voyant, à faire de même.

Lorsque le mimétisme rencontre l’autorité

Il y a un danger certain à user d’autorité entre mammifères… Parce que d’une certaine façon, en faisant cela, nous montrons à nos enfants qu’il est acceptable, voire même important de tenter de modifier le comportement d’autrui, en usant, s’il le faut de notre supériorité, qu’elle soit physique ou psychologique.

Le danger est d’autant plus grand que, comme expliqué précédemment, il y a bien des fois où la seule chose que l’on cherche en usant de notre autorité, c’est de se simplifier la vie, sous couvert de bienveillance… On ne peut donc pas s’étonner de voir notre progéniture faire valoir des droits qu’il se sera lui-même octroyés en menaçant, blessant ou ordonnant à ses congénères… C’est ce que nous lui montrons, c’est exactement ce qu’il va reproduire. Il va de soi que tous comportements visant à faire peur à l’enfant pour qu’il obéisse engendreront par la suite des comportements similaires de sa part. Il ne faut pas s’étonner non plus de voir que lorsque nous avons des difficultés, maintenant que nous sommes grands et responsables, nous essayons par tous les moyens à notre disposition de contraindre les autres… C’est clairement ce que notre éducation nous a conditionné à faire.

Marie May

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